2007, l’année des Boks et de Bryan Habana. Au lendemain du deuxième titre mondial de l’Afrique du Sud glané samedi face à l’Angleterre, Bryan Habana a été couronné joueur de l’année par l’IRB dimanche, au pavillon d’Ermenonville dans le bois de Boulogne. A tout juste 24 ans, l’ailier métisse entre de plain-pied dans le Panthéon du rugby international, succédant à des joueurs tels que les Néo-Zélandais McCaw (2006) et Dan Carter (2005), son compatriote Schalk Burger (2004), l'Anglais Jonny Wilkinson (2003) ou le Français Fabien Galthié (2002). Une juste récompense pour celui qui a illuminé la 6eme Coupe du monde de son talent. Avec huit essais (quatre face aux Samoa, deux contre les Etats-Unis en poule, puis deux autres en demi-finale face aux Pumas), le feu follet des Blue Bulls a terminé meilleur marqueur de la compétition, égalant au passage le record d’un certain Jonah Lomu en 1999.
Plus râblé et délié que la montagne néo-zélandaise, Habana (1.79m, 92 kg) est d’abord un finisseur exceptionnel aux appuis dévastateurs. Symbole du renouveau d’un rugby sud-africain souvent en proie aux querelles internes, Bryan Habana a donc logiquement dominé le Français Yannick Jauzion, les Argentins Juan Martin Hernandez et Felipe Contepomi, et le Néo-Zélandais Richie McCaw, autres nominés à la plus prestigieuse récompense internationale de l’Ovalie. Bon camarade, le natif de Johannesbourg a toujours mis en avant le collectif. « Cette nomination n’est pas ma principale préoccupation pour l’instant, nous confiait-il après la demi-finale contre l’Argentine. Comme je l’ai dit au début du tournoi, cette compétition n’a pas de logique individuelle. L’important, ce sont les Springboks. » Dans un squad très complet et fidèle aux préceptes historiques du rugby sud-africain (mêlée, défi physique, conquête), la gazelle Habana a sublimé le jeu de la bande à Jake White, à l’instar du demi de mêlée Fourie du Preez ou du jeune centre François Steyn.
Vainqueur du Super 14 avec la province des Blue Bulls, Bryan Habana boucle ainsi une saison 2007 parfaite, lui qui a toujours eu foi en ses qualités et celles des Boks. Pas de l’arrogance, mais juste de la confiance en soi, cette autre vertu historique du rugby sud-africain. « Si je suis bon, l’équipe ira loin dans ce Mondial, énonçait-il. Tous les joueurs font de leur mieux pour pousser l’Afrique du Sud vers le haut. » Mission accomplie pour celui qui affiche désormais un ratio international exceptionnel (30 essai en 35 sélections). Et ce malgré ce fameux cadrage-débordement encaissé face à son homologue américain, Takudzwa Ngwenya (désigné auteur de l'essai de l'année). Roi sur les prés français, toujours disponible et affable avec la presse, Bryan Habana n’est qui plus est pas insensible aux charmes de l’Hexagone. « Je vais passer encore un ou deux ans en Afrique du Sud mais j’aime la France, les Français, le pays… J’apprends le français et dans quelques années, je pense venir en France, plutôt dans le sud parce qu’il fait froid dans le nord. » Puisse un jour le Top 14 abriter en son sein un tel joyau.