La maîtrise des Boks
Jake White n’avait eu de cesse d’affirmer que ses Boks seraient en finale le 20 octobre. Sûr de sa force et bénéficiant d’un tableau dégagé avec les éliminations prématurées des deux autres géants du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le squad sud-africain aura eu le mérite d’administrer deux défaites à l’Angleterre, championne du monde 2003. Un sacre justifié pour la formation la plus homogène et la plus régulière de la compétition. L’arrière Percy Montgomery qui termine meilleur réalisateur, l’ailier Bryan Habana meilleur marqueur d’essais, des brillantes individualités (Du Preez, quel talent !) et un pack en acier : le cocktail sudaf’ était parfaitement dosé.
Le cœur et le talent des Pumas
C’est le gros coup de cœur de cette Coupe du monde. Les Pumas du « Petit Napoléon » Agustin Pichot ont écrit en 2007 la plus belle page d’un rugby argentin assoiffé de reconnaissance. Demi-finaliste après avoir douché les espoirs français en ouverture, puis renvoyé à la maison Irlandais et Ecossais, la bande à Loffreda a fait son entrée dans le gotha du rugby international. Parfois décriés pour leur style de jeu restrictif mais portés par un cœur et une abnégation qui suscitent l’admiration, les Argentins ont ensuite offert un festival au Parc des Princes pour cueillir une 3eme place méritoire et méritée en infligeant au passage un nouveau camouflet au XV de France. A quand une intégration au Tournoi des Six Nations ou au Tri Nations ?
Le succès populaire
La culture rugby a étendu ses territoires et gagné des parts de marché. Succès populaire incontestable, la Coupe du monde 2007 a mobilisé spectateurs et téléspectateurs comme jamais. Plus de 2,25 millions de fans ont garni des tribunes très conviviales, sans que le moindre incident majeur ne soit répertorié entre supporters. Sur le petit écran, la demi-finale entre la France et l’Angleterre a été suivie par 18,3 millions de téléspectateurs, soit la meilleure audience de l’année. Malgré l’élimination des hommes de Bernard Laporte, la finale entre l’Afrique du Sud et l’Angleterre en a drainé 12,2 millions (avec une pointe à 14 millions en fin de match), pour une part d’audience de 50.6 %. Un état de grâce à confirmer pour la saison à venir de Top 14.
L’épopée de Cardiff
Eternel et paradoxal rugby français. Malgré l’échec d’une élimination en demi-finale et le rêve brisé face à l’Angleterre, le XV de France aura accompli face à la Nouvelle-Zélande le plus grand exploit de ce Mondial. Face aux Blacks, immenses et éternels favoris de la compétition, les équipiers de Raphaël Ibanez ont refait sur la pelouse du Millenium de Cardiff le coup de 1999 à Twickenham, avec une victoire (20-18) d’anthologie gravée à jamais dans l’imaginaire collectif. Voir les 22 Français, parés en bleu-blanc-rouge, faire face à moins d’un mètre des hommes en noir lors d’un haka de légende restera assurément une des images fortes de cette sixième Coupe du monde. Avec une défense héroïque (299 plaquages !) et deux essais estampillés French Flair signés Dusautoir et Jauzion, les Bleus ont gravi la montagne noire. Même si la suite n’aura pas la même saveur…
La folie fidjienne
Dans une Coupe du monde quelque peu aseptisée, les Fidji ont soufflé le show et apporté un vent de fraîcheur étonnant. Les joueurs de Ilivasi Tabua ont causé une des grandes sensations du tournoi avec notamment un match ébouriffant face aux Gallois, à Nantes. Vainqueurs 38-34 au terme de la rencontre la plus spectaculaire de la compétition, les équipiers de l’ouvreur et capitaine Rauluni ont ensuite longtemps rivalisé avec l’Afrique du Sud, ne cédant qu’en fin de match (37-20). Quart de finalistes vingt ans après leur première qualification dans le grand 8, les artistes fidjiens nous ont régalé.