« J’avais toujours dit que l’équipe qui aurait la meilleure défense gagnerait. » Parole de champion du monde. Le sélectionneur sud-africain Jake White aura eu tout bon du début à la fin, lui qui n’a eu de cesse avant et pendant la compétition d’insister sur ce secteur dont l’importance est toujours exacerbé en Coupe du monde. Une bonne mêlée (cf le fameux « No Scrum, no win »* cher aux Anglo-Saxons), une grande charnière et un rideau défensif parfaitement organisé : telles sont les conditions nécessaires - sinon suffisantes - pour soulever le Trophée Webb-Ellis. Après la Nouvelle-Zélande (1987), l’Australie (1991 et 1999), sa devancière en 1995 puis l’Angleterre (2003), l’Afrique du Sud n’a pas transigé avec ces bons préceptes. Souvent présentée comme le laboratoire du jeu pour les années à venir, la Coupe du monde 2007 a été une compétition à l’identité profondément défensive.
Finaliste surprise, l’Angleterre n’est ainsi pas passée loin d’une deuxième couronne mondiale de rang. Le XV de la Rose n’a pourtant inscrit qu’un essai à zéro passe (contre la France) à partir des quarts de finale. Comme en 1995, aucun essai n’a été inscrit en finale. Attaques asphyxiées, prépondérance du jeu au pied, prime à la sacro-sainte occupation du terrain et « pourrissement » des ballons autour des rucks (un domaine où les Argentins excellent) auront rythmé le tournoi. Fatalement, les législateurs s’interrogent pour rééquilibrer le rapport de force entre la défense et l’attaque, trop favorable à la première. « Nous devons et nous allons revoir certaines règles, concède le président de l’IRB Syd Millar à l’heure du bilan. Nous les testons d’ailleurs depuis deux ans, que ce soit en Ecosse ou en Angleterre. Nous voulons libérer le jeu pour qu’il soit plus facile à jouer, arbitrer et comprendre. Tout cela pour le rendre plus excitant. Il faut mieux utiliser l’espace et le jeu de passe. Notre objectif est de gagner 10% de temps de jeu. Nous demandons maintenant aux nations de tester les nouvelles règles et de regarder les statistiques. »
Les grandes nations ont joué un rugby sensiblement identique, quitte à parfois jouer contre-nature. A l’image d’un XV de France encensé pour sa défense héroïque face aux Blacks à Cardiff (299 plaquages, avec 90% de réussite), puis tancé pour son manque d’ambition offensive et l’absence de plan B face à l’Angleterre. « Quelques chose avait été mis en place et nous sommes obligés de l’appliquer, c’est vrai qu’il n’y a pas eu une grande évolution tactique, jugeait, amer, l’ouvreur des Bleus Frédéric Michalak. On l’a vu contre l’Argentine et l’Angleterre. Tout le monde sait comment on joue. On nous retarde les ballons et c’est fini. Mais les choix tactiques étaient comme ça… » Même si l’Argentine a démontré savoir également envoyer du jeu, beaucoup de puristes ont regretté de voir le génial n°10 Juan Martin Hernandez cantonné à multiplier les chandelles de son pied droit diabolique. C’est d’ailleurs en se montrant plus ambitieux que les Pumas s’étaient faits contrer face aux Boks en demi-finale… La Coupe du monde terminée, charge au prochain Tournoi des Six Nations et au Tri Nation d’initier (ou pas) de nouvelles évolutions technico-tactiques.
* « Pas de mêlée, pas de succès »