La question avait le mérite d’être posée. La bière a-t-elle meilleur goût lorsqu’elle est bue dans la Coupe Webb-Ellis ? Et pour répondre à cette interrogation, personne n’était mieux placé que le capitaine de l’équipe sud-africaine, victorieuse contre l’Angleterre en finale du Mondial (15-6), dimanche au Stade de France. « Absolument et tout le monde y a goûté, a ainsi plaisanté John Smit. En rentrant à l’hôtel, chacun a eu droit à sa coupe. C’est dur de la quitter des yeux maintenant qu’on l’a gagnée. Nous avons travaillé si dur pour y arriver. » Son entraîneur Jake White ne cache d’ailleurs pas qu’au lendemain de ce succès, la joie n’est toujours pas retombée. « Je pense que c’est le genre de chose dont vous prenez conscience en rentrant à la maison. Cela a vraiment été une Coupe du monde extraordinaire, se félicite White. C'était génial de voir les supporters heureux la nuit dernière ici avec nos familles et nos amis, je ne pense pas que l’on va redescendre sur terre de suite. »
Les scènes qui ont suivi le sacre des Springboks n’ont en effet pas manqué de saveur. Car après tout, voir le président d’une nation perché sur les épaules de ses joueurs de rugby et brandir la Coupe du monde n’est pas si habituel. Surtout pour une nation ayant connu l’apartheid il n’y a pas si longtemps et où les problèmes raciaux gangrènent toujours la société. « Je pense que notre succès d’hier soir est très important pour l’Afrique du Sud, continue White. C’est vraiment quelque chose de très particulier. Nous avons une deuxième chance de créer quelque chose de très spécial. Tout le monde s’est intéressé à notre parcours et à notre victoire. Cela va compter pour l’avenir. » Son capitaine ne dit pas autre chose et attend maintenant le retour au pays : « J’ai hâte de voir comment cette victoire est vécue au pays, lâche un Smit tout sourire. Cela fait de longs mois que nous sommes partis et nous rentrons avec cette Coupe, que nous avons gagnée en étant des Sud-Africains unis. Je me souviens de la joie observée partout il y a 12 ans lors de notre premier titre. J’espère que ce sera pareil mardi à notre retour. »
Cette année là, en 1995, c’est Nelson Mandela alors président, qui avait remis la Coupe. Les hommes ont changé mais la joie reste la même. L’ancien prix Nobel de la Paix n’avait d’ailleurs pas pu faire le déplacement, mais il avait tenu à adresser un message vidéo à ses hommes. « Je ne doute pas une seconde que les Springboks vont récupérer le trophée, avait alors prédit l’ancien prisonnier. Nous savons que nos garçons ont la capacité, la force et la détermination pour gagner une fois encore parce que nous sommes une nation victorieuse. Nous nous souvenons très bien de ce jour historique en 1995. » Une famille est donc née au sein de cette équipe. « Je suis sûr que nous allons tous garder cela pour toujours en nous, prédit Smit. Le groupe a accompli quelque chose d’exceptionnel pour offrir ce titre à l’Afrique du Sud. C’est une des choses que j’ai pu leur dire la nuit dernière après ce qu’ils ont accompli. Ils vont rester ensemble, en contact et je suis sûr que c’est une nouvelle famille de 30 que chacun a gagnée. Nous reparlerons de ce que nous avons accompli jusqu’à la fin de nos jours. » Tout en espérant qu’il ne faille pas attendre douze nouvelles longues années pour célébrer une nouvelle victoire sud-africaine en Coupe du monde.