« Le rugby est un sport où il faut utiliser le cerveau. » Cette pique signée Agustin Pichot juste après la victoire argentine pour le match de la troisième place témoigne des rapports ambigus qui existent aujourd’hui entre la France et l’Argentine. Si les Pumas n’ont jamais caché leur reconnaissance envers le rugby français, les hommes de Marcelo Loffreda ont aujourd’hui une drôle de manière remercier ceux qu’ils considèrent comme les principaux responsables de leur marche vers le professionnalisme. Preuve d’une émancipation enfin acquise ? Sans doute. « J’habite en France, mais ce n’est pas l’Argentine, nous confiait Ignacio Corleto avant la première rencontre entre les deux pays. Ce n’est pas chez moi. Les supporters sont bleu et blanc, mais dans des tons différents. Maintenant, c’est vrai que je suis en France depuis huit ans et qu’on se sent un peu chez nous. C’est mon deuxième pays. Mais ce n’est pas l’idéal d’avoir 60 000 personnes contre nous. »
Signe de la tension née ces dernières semaines la sortie dans la presse du capitaine des Pumas juste après la victoire des Argentins contre les Irlandais. « Les Français ont beaucoup parlé sur les quatre essais que devaient marquer les Irlandais, regrettait alors Pichot. Ce n’est pas bon parce que j’ai toujours respecté l’équipe de France. Je savais que les Français pouvaient se qualifier et je ne les ai pas trouvé très sportifs. Ce n’est pas sportif de dire que les Irlandais se qualifieront parce que ça veut dire que nous passons à côté. Ce n’est pas le rugby que j’aime. » L’ancien demi de mêlée du Stade Français préfère sans doute les SMS échangés avec ses coéquipiers parisiens juste avant le début du Mondial et donc le premier affrontement fratricide des deux équipes. « C’est un match différent car nous jouons contre des amis. C’est ça le rugby. L’amitié ne part jamais. Pour respecter son adversaire, nous devons jouer à 100%. J’espère que tout le monde sera dans cet état d’esprit. »
Les hommes du « Petit Napoléon » ont tellement respecté les consignes de leur capitaine qu’ils ont battu une sixième fois en sept rencontres les hommes de Bernard Laporte vendredi. « Nous étions bien fatigués, tout comme l’équipe française, après une Coupe de monde bien difficile, mais les Argentins ont cherché cette puissance mentale, se félicite le joueur. Nous avons poussé les Français aux bons moments. Ça c’est le rugby que j’aime ; pour moi, ça c’est le rugby. Des fois ce n’est pas joli mais pour moi ça c’est le rugby que j’aime. » Inutile donc de revenir sur les « incidents » de vendredi soir. Alors que plusieurs joueurs français dont Sébastien Bruno et Frédéric Michalak répondaient à la presse, les Pumas, logiquement heureux après leur médaille de bronze acquise, sont venus célébrer leur victoire devant les Français. Une provocation que n'ont pas appréciée les Bleus et notamment un Michalak passablement irrité. Heureusement qu’Omar Hasan ou encore Rodrigo Roncero sont venus calmer les esprits. Car même entre frères, ce genre de dispute n’a rien à faire dans un stade.