Une page du rugby sud-africain va se tourner dans quelques jours. Dernier champion du monde 1995 encore en activité, Jacobus Petrus du Randt raccrochera les crampons à l’issue de la Coupe du monde. Surnommé « Os » - qui signifie bœuf - en raison de son cou surpuissant, le pilier Springbok, qui a fêté ses 35 ans au lendemain du match d’ouverture, relèvera son dernier défi, samedi. « Ce sera génial de se remémorer ça d’ici quelques années, avoir commencé par une victoire en Coupe du monde et finir de la même façon », songe rêveur le natif d’Eliott. Et de poursuivre : « A chaque fois que vous jouez une finale ou une demi-finale de Coupe du monde, c’est quelques chose de spécial pour les Springboks. En plus, ce sera ma 80eme sélection pour la finale. »
Retraité dans quelques heures, le fermier du bastion afrikaner de Bleomfontain en est donc à dresser le bilan de sa riche carrière. « J’ai été chanceux de jouer en 1995 et 1999, se remémore-t-il sans nostalgie malgré une fin qui s’approche à grands pas. Aujourd’hui, je suis aussi en forme qu’à ma meilleure époque. C’est d’ailleurs la première année qu’aucun journal ne me soupçonne d’être en méforme », déclarait-il à l’aube de débuter son troisième Mondial. Troisième, car gravement blessé à un genou après la Coupe du monde 1999, il passe près de quatre ans à recourir après son niveau. Logiquement, il n’est donc pas du squad de 2003.
« Ferme et vie de famille »
C’est donc avec une légitimité certaine qu’il peut se permettre de comparer le rugby de 1995 à celui d’aujourd’hui. « Tout a changé, analyse-t-il. L’équipe a changé, la mentalité a changé, l’entraînement, tout a changé ; mais le noyau dur est d’après moi toujours le même. Les gars sont toujours aussi passionnés, nous voulons vraiment gagner et nous essayons vraiment d’accomplir de grandes choses pas seulement pour nous-mêmes mais pour toute l’Afrique du Sud. Et peut-être même que nous ferons aussi bien que nous l’avons fait en 1995. »
Après, il sera temps de couler des jours plus tranquilles dans sa ferme de 425 hectares. Avec toujours le rugby dans un coin de la tête : « Je pourrais entraîner un peu, intervenir au sujet des mêlées... quelque chose comme ça. Mais je ne jouerai plus au rugby après mon retour de France. Je vais regarder en arrière et ressentir ce que j’ai fait pour l’Afrique du Sud. Je suis très très fier de l’avoir réalisé et c’est quelque chose que je referais si je pouvais remonter le temps » explique le joueur. Le rugby restera certes dans un coin de sa tête, mais après une carrière riche d’une Coupe d’une Coupe et d’un Tri-Nations, il profitera surtout de ce temps libre pour se reposer auprès des siens. Et apprécier la quiétude de la campagne. « Je vais retourner dans ma ferme. Je suis impatient de m’asseoir dans mon champ, regarder mes garçons jouer au rugby et apprécier la vie de famille. » C’est aussi ça la vie.